A LA MERVEILLE – 12 MARS 2013

Soyons clair dès le départ : j’ai bien aimé ”A la merveille”. Si vous avez lu quelque journal que ce soit ces derniers temps, vous verrez que je suis peut-être bien le seul.

Peut-être parce que il faut le replacer dans un contexte. Les critiques critiquaient, moi je venais de perdre mon boulot, j’avais besoin de penser à autre chose, et de voir de belles images. Bon casting hollywoodien, jolie bande annonce, j’ai dit banco. Peut être alors la naïveté de ces raisons ont fait leurs effets. Terrence Malick ça rime bien avec anxiolytique non? La pilule que l’on ne prend pas n’importe quand. Décryptage.

2 ans après Tree of life encensé à Cannes, Terrence Malick nous plonge dans un nouveau chapitre esthétique. L’épisode commence à Paris. Un Paris sublime. Pas forcément réel mais le Paris magnifié des romances, un Paris baigné de lumière et coloré par les bons philtres. Dans ce Paris tout sauf gris, on découvre nos deux protagonistes, portés par Ben Affleck, aussi parfait qu’il est muet, et Olga Kurylenko, ex James Bond girl réincarnée en femme fragile.

Nos amoureux sont épanouis et heureux. A grand renfort de plans rapprochés et nerveux dont le réalisateur a le secret, on les découvre dans une intimité du quotidien où les regards subjuguent bien souvent la parole. On les retrouve ensuite au Mont Saint Michel, à la Merveille, lieu de vie des moines de l’abbaye, où leur idylle bat son plein, transcendée entre une grâce quasi divine et la perfection de l’instant. On notera que comme dans Tree of life, les références catholiques font légion tout au long du film. L’amour naissant semble parfait. Mais se fait rattraper par la réalité d’une quotidienneté, matérialisée par un déménagement (exode?) du couple dans le Midwest US, contrée originelle de notre héros.

Depuis les Moissonneurs du ciel, on le savait, Terrence Malick aime les grands espaces. Lieux souvent vierges et poétiques, enclins à donner ou faire perdre la raison à des personnages en proie au doute. Des lieux lumineux mais neutres, beaux mais linéaires, propices au grand angle et aux grandes interrogations.

L’Oklahoma sera ainsi leur jardin d’Eden, terrain de jeu de leur histoire, qui deviendra bientôt une confrontation d’Adam et Eve. Une Eve à deux visages puisque brièvement remplacée par Rachel McAdams qui vient se substituer au ballet amoureux. Pour renforcer cet aspect biblique, Javier Bardem campe un prêtre qui doute de sa foi et qui se questionne sur l’amour.

A la merveille point of view 1

Que ça soit à l’intérieur de la maison, aussi vide de meubles que le vide qui habite nos héros, ou en extérieur dans les champs, encore une fois l’iconographie est parfaite chez Terrence Malick. La profondeur de champ, chaque plan, chaque image est à la fois aérienne mais pesante à mesure que l’histoire avance. Le stylisme est simple mais juste, les plans saccadés dénotent parfaitement la vie et la nervosité, quand les longues séquences de traveling montre une lenteur de l’action et la volupté du mouvement. Jamais un protagoniste ne sera face caméra.

La fin importe peu et finalement la donnée temporelle aussi. On est plus devant un manifeste qu’une réelle histoire. Ce style déroutant avait plu dans Tree of life mais peu paraître redondant ici, car si le réalisateur fantôme avait surpris en 2011, il répète en 2013.

Car comme c’est le cas dans le film palmé, nous sommes témoin, presque voyeurs d’un drame poétique. Le réalisateur nous pousse dans une projection personnelle magnifiée.

Sous coup de morale on nous fera nous interroger sur les relations et même nous demander si l’amour est une quête et une fin en soin, ou une simple nécessité de société.  « You shall love » clame Javier Bardem.

A la merveille point of view

La perfection physique des protagonistes cache alors les vices intérieurs que chacun peut rencontrer et ressentir. Le tout est montré, soufflé sans jamais être clairement exprimé. La musique accompagne parfaitement cette envolée lyrique à grand coup de symphonie.

Bien qu’ayant aimé ce questionnement esthétique, j’espère que l’exception ne deviendra pas répétition, quand on sait que le réalisateur avait attendu 20 ans entre deux films, et qu’il signe ici avec A la merveille son deuxième projet, 2 ans seulement après Tree of Life, qui présente un schéma narratif très similaire.

Comme pour le film précédent, on en sort une nouvelle fois assez perplexe et muet nous aussi, il faut un temps de descente, sans qu’on sache vraiment quoi en dire.

A la merveille est un film à interprétation, un film à retardement, qui fera écho avec l’expérience de chacun de près ou de loin.

M‘est d’avis qu’avec ce deuxième opus nous sommes dans une sorte de triptyque, dont le dernier acte se jouera cet été, avec Knight of cups, prochain film de Terrence Malick présenté à Cannes.

Affaire à suivre et film à voir.

Par Raphael Mayol