Dans le métro assourdissant de Kiev, on évolue dans des odeurs lourdes.
Les visages acerbes, tristes et méprisant forment les seuls paysages. 

Assis sur la banquette en cuir véritable, un groupe de fille m’entoure, leurs haleines sentent la bière bon marché, elles sont très maquillées et en ont bien besoin. Elles singent ma position, ma tête négligemment posée dans la paume de la main. Deux filles me parlent anglais, l’une d’elle mélange aussi l’allemand. 
Elles gloussent quand je leur dis être français.
 « Do you like party, night club ? »
« Not really…»
« Oh come on! Follow us! »

J’interroge du regard mon compagnon d’aventure…
“Pourquoi pas, lui dis-je, ça nous fera voir du pays”
Nous suivons le troupeau et descendons 3 stations plus loin. Nous marchons plus de 45 min avant de rejoindre la boite. Nous longeons des quartiers sinistres, de longues tours massives et grisâtres.
J’ai peur de me faire couper la gorge, les séries américaines font leur effet.
Nous traversons des souterrains éclairés par des néons verdâtres,
des gens croupissent à l’intérieur, assis à même le sol.
La boite n’a rien d’exotique, c’est un bâtiment métallique.
A l’intérieur la techno ukrainienne tape fort comme toutes ces filles à moitiés nues dans ma rétine.
Les gens dansent et semblent se démembrer, danse de St Guy.
 Nous buvons rapidement quelques verres pour supporter l’ambiance. Mais même ici le mal de ventre persiste, je hais les discothèques. Un dernier verre pour la route. Peut-être le dernier tout court.
Nous plongeons de nouveau dans la ville et sa noirceur.
Nos rires sentent la peur. Des gens nous croisent parlent ou crient. Nous avançons en baissant les yeux.
Le soleil se lève et je me couche.
Je me sens vivant loin des angoisses françaises et institutionnelles.
Ma cigarette vient de s’éteindre.
Guilaume Rouan