BLUE ALERT

Si je dis que je suis perdu, au lieu d’explorer : flinguez-moi.

Si je parle de tourisme plutôt que de voyage : flinguez-moi.

Si je parle de cardio-training au lieu de simplement courir : flinguez-moi.

Si je demande des glaçons dans mon whisky : flinguez-moi.

Si je parle d’ex au lieu de rencontre : flinguez-moi.

Si je fais cracher la musique de mon portable dans le métro : flinguez-moi deux fois.

Si j’appuie sur le bouton arrêt du bus sans descendre : flinguez-moi.

Si je sors LOL à voix haute : flinguez-moi.

Si j’applaudis au ciné à la fin du film : flinguez-moi.

Si je reste sans bouger en plein milieu de l’escalator : flinguez-moi.

Si je bois une bière en caleçon devant un match de foot : flinguez-moi.

Si je connais les paroles de Christophe Mae : flinguez-moi.

Si j’essaye de consoler une fille en pleurs : attendez d’abord que je la flingue.

Je fais partie d’une génération d’égoïstes et de frustrés perpétuels, militants de l’opportunisme et agresseurs des mouvements populaires. Je fais partie d’une génération pleine de contradiction, qui change sa bible chaque jour, troque ses nuits pour de l’alcool, se gave de malbouffe, et parle de footing et de ressource au soleil et à la mer. Je te parle de personnes qui écoutent de la musique classique et de l’électro, mangent des plats raffinés en sirotant du vin bon marché, dépensent sans compter de l’argent qu’ils n’ont pas, s’offusquent quand tu ne connais pas le dernier truc à la mode sans pour autant connaître leurs classiques. On reste sans voix devant certaines personnes aux questions incertaines, alors que 2000 ans d’évolutions accidentelles nous ont permis d’inventer le plus beau des cerveaux : Google.

Hippie, hipster, créatif culturel, astique ton spaghetti devant toutes les définitions que tu veux. Notre génération Y déteste la génération Z. On rit devant les blagues d’artistes en concert, mais « si je te l’explique en français c’est pas pareil ». On déserte la populace, on tweet compulsivement, on se drogue aux nouvelles applications, on photographie notre bouffe, on Shazam à répétition. La seule chose à laquelle  je tiens plus que mon sexe c’est mon Smartphone.

Je ne me domestique pas en société, j’analyse. Je regarde, j’écoute, je les comprends, ils m’inspirent. J’ai un regard méprisant, et amoureux des choses naturelles. Un poète occasionnel dans un corps fabriqué par ceux qui m’entourent. Je suis partisan des moments qui ne nécessitent pas un commentaire pour être parfait. Je fuis les assistés incapables de faire ou savoir par eux-mêmes, les personnes au moral instable et à la prise de position incertaine. Je suis égoïste des plaisirs solitaires, je garde pour moi les coins qui excitent mes sens, les découvertes qui ne méritent pas certaines personnes. J’aime mettre mal à l’aise, provoquer des situations gênantes, dire des choses incorrectes pour contempler des réactions forcées, incontrôlées. Je suis un pervers, un voyeur d’émotions en tout genre. Je vois certains accidents arriver et je ne fais rien. Je suis un pervers, un voyeur des faits divers. Je ne manque pas de compassion, dans le pire des cas, je suis un spectateur.

J’aime ma vie. Je m’appelle Nathan.