Des pivoines, des marguerites et des tulipes se font la part belle sur la vieille nappe délavée de la salle à manger. La porcelaine affiche fièrement ses petites bergères et brebis balafrées par des gouttes de café noir.

Quand Laura m’a invitée chez elle ce weekend, je ne pense pas qu’elle imaginait que sa grand mère insisterait pour que l’on passe boire le café.

Nous y voilà donc. Cela fait maintenant plus d’une heure que j’écoute sagement ses tantes énumérer leurs vagues connaissances de lycée et leurs maris tombés sous le cancer cette année… Je me sens engourdie.

Je décroise les jambes et me cogne le tibia dans le bois massif de la table de salon. Aiïe. Les sourires des enfants figés sous le verre de leur cadre ne bougent pas. j’ai mal et sa tante trouve approprié de me raconter l’anecdote du fils du boulanger perdant ses doigts dans un maladroit accident de scooter en sortie de boite.

Quel est cet endroit où toutes les nouvelles semblent plus sordides les unes que les autres ?

L’horloge rythme les secondes d’ennuis qui passent devant ses aiguilles.

Je me lève de table et attrape un manteau.

Il fait très froid dehors mais tant pis au moins je sens de nouveau tout mon corps. Je voudrais allumer une cigarette mais je ne fume pas, alors machinalement je sors mon téléphone de ma poche pour affronter son écran muet. Pas de textos, pas plus qu’il y a 5 minutes.

Je regarde autour de moi, les petites fermes rénovées s’alignent au loin, mignonnes mais enfouies sous l’épais brouillard gris typique de la région. Je me dis quand même qu’il doit faire doux y vivre, enfoncé dans un canapé en velours, devant une grosse chemi… Ma poche vibre !  C’est une copine de Paris qui me demande à quelle heure mon train arrive demain… ?

Je veux rentrer.

Café noir et cancers point of view

LeyaCha