Chaque matin, je me regarde, je m’épie, je m’espionne, miroir ô mon beau.
Je chasse le sombre point, le poil rebelle, le cil revanchard, l’épi en trop. 
Je me tâte, m’arase et m’enduis de douceur pour éteindre le feu.
je ne compte plus mes rides et mes cheveux blancs, parce que quand on aime on ne compte pas et quand on compte on n’aime pas. Je me détend, j’ai quarante ans, 
l’élasticité du tissu c’est sûr n’est plus très sûre, comme disait le poète. 
Je vérifie, je tend la joue, j’attrape le cou 
entre deux doigts, une fois, deux fois, 
ça va…
Je suis un jeune quadra, disent les quinquas, un quadra-quadrupède qui se dresse, se déplie, se redresse, pour atteindre la glace, qui se sourit et qui s’en veut de tant 
de nuits sans sommeil. Un rictus pour des souvenirs tatoués autour des yeux, les ridules ne se voient plus, elle ont vieillies elles aussi. J’offre ces attributs au charme 
pour me pardonner, comme cette voix un peu grave qui résonne dans les yeux des femmes, nicotine for breakfast, un mal pour un bien. Un peu de parfum comme une 
cerise sur un gâteau, et puis dehors, 
la rue, 
la vie, 
le monde qui grouille, 
les gens pressés, 
le vent glacé, 
le p’tit café, 
un rituel pour regarder la Terre, les oiseaux enchantés, les feuilles qui virevoltent.
Un rituel pour regarder le temps qui passe, je fredonne, je sifflote, je me lève et virevolte, je deviens rapsode. La verve en bandoulière je m’évade sur l’avenue pour 
retrouver la vie, pour rattraper le temps et puis le dépasser, pour en gagner, aller vite, toujours plus vite, être débordé, presque noyé, l’action, la réaction, un costume 
d’apparat pour briller en société. 
Paraître parait plus simple que d’être, alors paraissons à défaut de paresse qui n’a pas bonne presse. Je veux me mélanger, être connu et reconnu, pour éviter l’index, 
celui qui montre, qui dénonce, qui juge, qui condamne. Ce doigt souvent vengeur qui éloigne et finit pas isoler. 
Exister, 
exhaler, 
s’exhiber en public pour que le doigt se courbe et se retourne pour nous inviter sans détour à l’union. Mélanger les parfums, confondre les voix, croiser les regards, 
chercher le sourire qui nous est destiné, pour nous prouver qu’on a su rester jeune, au moins dans ces yeux, miroirs d’un destin, d’une prochaine histoire qui nous 
déridera, qui arrêtera le temps, qui refera de nous un jeune adolescent. 


By J’m.