Le goût de l’eau.

Au départ, j’en rêvais la nuit, mon estomac en était contracté, mes mains moites, mes gestes frêles et ma gorge sèche. Je pensais pouvoir en mourir tellement c’était fort. Mieux que toutes les substances psychotropes auxquelles j’avais pu goûter. J’étais en pleine contemplation de mes émotions naïves et puissantes.

L’amour.

Il était à moi. J’étais à lui. Il n’y avait pas de respect, il n’y avait qu’une envie urgente de ressentir la passion la plus folle, la plus incontrôlable. Le quotidien n’était plus qu’une enveloppe de ces cœurs en fusion. Il ne pouvait y avoir de manque. Nous n’y survivrions pas. Le sexe était nouveau et maladroit mais il était plus excitant que jamais. Il n’y avait pas de barrières seulement des espaces à découvrir. Tout se vit à vif.

L’amour.

C’était sale, catastrophique, brouillon, oppressant puis joyeux, euphorique, sublime, vivant, GRAND. J’étais devenue dépendante de son humeur, un sourire pouvait illuminer ma journée.

Un seul mot bas et j’errais dans une vie dure et froide. On s’est blessé, déchiré, insulté. On s’est fait peur. On a pleuré. Beaucoup pleuré. Pleuré tous les jours.

C’est devenu total. Au delà de l’instinct de survie, au delà des règles de vie : elle était là cette raison de vivre dont on avait tant entendu parler. On la touchait des doigts, des lèvres.

L’amour.

Finalement, les histoires se font chaque fois plus matures, plus longues, plus douces, plus construites. Je n’ai ni mains moites, ni maux de ventre.

Mes cheveux sont rangés, mes sous-vêtements assortis.

Je fais attention à l’autre. On part en week-end.

On se laisse de l’espace, on fait attention.

Les plaies sont pansées, on connait assez bien les ficelles pour ne pas retomber dans ces vieux travers. On se câline sans se griffer. Toutes les étapes de construction d’un couple sont connues. La baise est performante, la mécanique bien huilée et la relation équilibrée.

Bravo. De l’amour à la paix il n’y a qu’un pas.

LeyaCha