Samedi. Tu te complais dans ta vie agitée. Tu te gaves de désinvolture, de sons, de lumières, de procédés chimiques et artificiels. De la liberté à en vomir. Tu te dis que tu t’en fous. Tu vis. De quoi ?

Tu t’en fous.

Tu rentres dormir chez toi à l’heure où des gens de ton âge administrent le premier biberon du jour à leur progéniture. Tu exultes à cette idée. À l’heure où les cols et chemises s’entassent sur la ligne 1 en direction de La Défense comme des jolis petits pantins.

Tu t’endors avec un sourire cynique aux lèvres. Cette vi(ll)e t’appartient. Tu en as le contrôle absolu.

Dimanche. Flemme et spleen viennent te tirer de ton lit. Des sentiments détestables. Ils viennent t’enchainer l’esprit. Des idées bizarres pointent le bout de leur nez. Des envies de bisounours, de doigts qui se touchent, de ventres chauds et de pieds doux. Envies de douceur et de piquant, de sucré et de salé.

Tu veux un Lui. Tu crois que tu veux un Lui. Prêt à t’écouter jacter sur la connerie humaine et les gens. À s’attendrir devant tes réflexions stériles. À répondre à tes questions tordues. À s’amuser de ta maladresse. À s’émerveiller devant le petit être, le petit rien, que tu es. À compter tes grains de beauté. À prendre un taxi en pleine nuit pour te rejoindre. S’endormir à deux.

En cuillère.

Lundi. Tu auras oublié Lui. Lundi tu ne voudras plus Lui. Paris, ton amant le plus fidèle reprendra sa place, te sollicitant de tous les côtés. Tu t’apprêteras à reprendre une tranche de cette vie. À la dévorer jusqu’à la prochaine overdose.

Tu ne le réalises pas, mais finalement tu es toujours seule. C’est comme les sardines. Une sardine, même dans son banc de sardines, elle reste seule.

Prune AB