C’était un des mes premiers voyage. Ma petite Opel Corsa était remplie et s’écroulait sous les duvets, la vieille tente canadienne marron de mon père, le réchaud et les vieilles casseroles gondolées. Les planches étaient mal ficelées sur le toit et tremblaient sur la route. Ma mère a pris une photo juste avant mon départ et je revois mon sourire innocent et mes yeux briller.

J’ai roulé de longues heures avec pour compagnons mes cassettes du lycée, un best of des Cures, des vinyles mal enregistrés de Simon and Garfunkel et une cassette de Patti Smith volée à mon père.

J’ai sillonné cette côte étrangère, j’ai dormi sur ses collines vertes et visité les petits villages de pêcheurs où j’ai mangé du poisson qui m’a rendu malade pendant des jours.

La bière était bon marché et certaines nuits je rentrais dormir ivre dans ma voiture les fenêtres ouvertes. Le matin, les embruns avaient enveloppés l’habitacle de sel et une odeur douceâtre d’algue flottait. Les vagues n’étaient pas au rendez-vous… Je marchais de longues heures pour m’occuper et je prenais des photos avec un appareil jetable fluo acheté dans une petite épicerie.

Un autre matin, la houle s’est levée et je me suis rendu sur un spot au bas d’une falaise remplie d’algues brunes, les vagues déroulaient avec lenteur. C’était comme surfer dans du velours. Je souriais comme un enfant face aux locaux et leurs regards noirs. J’ai retrouvé des algues entre mes fesses et incrustées dans mes cheveux des jours après cette session.

Je me souviens de nuits un peu bizarres où je dormais au sein de chemins forestiers, les arbres étaient immenses et le silence oppressant. Des voitures louches roulaient doucement au milieu de la nuit sur la route déserte, tandis que je dormais cramponné à la pelle en fer de l’armée de mon père.

Je comptais mes sous en litre d’essences, ma voiture ne marchait pas sous la pluie. Aucun garagiste n’a jamais compris pourquoi. Je trouvais cette voiture et son caractère attachant même si j’ai failli mourir plusieurs fois, sous la pluie sur des autoroutes bondées, à son volant. Quand il pleuvait je m’arrêtais manger des sandwichs à l’omelette dans des troquets et je reprenais la route au rythme des éclaircies.

Je ne pensais pas à grand chose pendant ce voyage mis à part ce qui m’entourait. J’étais apaisé et rouler me faisait du bien.

Vers la fin de mon périple j’ai atterri dans une région qui ressemble étrangement à la Bretagne. Une connaissance m’y attendait, c’était les fêtes de son village. Le cidre local et la coke coulaient à flot, mélange bizarre de génération… Je n’ai pas pu compter le nombre édifiant de bars ou de boites dans lesquelles nous avons déambulé. Le ratio semblait proche de deux bars par habitant. J’ai fini au petit matin le corps et l’esprit à vif sur la plage. Les brulures du soleil m’ont réveillé une poignée d’heure après avoir pu trouver le sommeil. J’ai regardé mon reflet dans les vitres d’une voiture, je ressemblai à un sans abris avec ma peau tannée par le sel et l’excès de soleil et mes cheveux jaunes comme de la paille.

Il était temps de rentrer.

Je pense souvent à ce voyage durant mes longues insomnies. Beaucoup de choses ont changé depuis, j’ai un travail et je vis dans l’agressivité d’une grande ville. Ma petite Opel Corsa repose aujourd’hui dans une casse où elle a dû se faire démembrer et broyer. Mais il me reste ces souvenirs qui me rappellent que la vraie vie reste à portée de main, qu’il suffit juste d’un peu de volonté et de beaucoup d’irrationalité.

Elle ne m’attend pas très loin…

Guillaume Rouan