C’est dans cet hôtel luxueux, à l’atmosphère feutrée et au personnel soviétique
que se déroule la prise de vue.
Le premium palace, tel est son nom.
La suite réservée ne manque pas de moquette et de décors pompeux. Beige, blanc, or.
Beaucoup de monde occupe la chambre, et il fait terriblement chaud.
Les flashes crépitent, un modèle se fait tuer par l’objectif.
L’autre attend en compagnie de ses téléphones portables, elle daigne m’accorder quelques regards curieux quand elle entend mon français.
J’aurai du mieux m’habiller. 
J’aperçois l’écran de son téléphone où elle trône dans une robe élégante en compagnie d’un vieux monsieur en costume. Leur attitude laisse sugérer que ce  n’est pas son père mais son mari.
Etonnant.
Puis c’est à son tour de se faire photographier. 
Il est très dur de ne pas regarder. 
Leurs corps et leurs visages sont sublimes et leurs culottes ironiquement minuscules.
Je ne veux pas passer pour un voyeur.
Les poses se succèdent au rythme des yeux qui balayent leurs corps.
La maquilleuse rigole avec la coiffeuse, j’échange quelques mots avec la styliste, un modèle se regarde dans le miroir, photo après photo le temps passe lentement.
Leurs corps seront hachés, reconstitués, rétrécis, pigmentés, déchirés.
Photoshop reste le patron.  
L’industrie du paraître est exigeante, les mannequins baillent.
Guillaume Rouan