Un dimanche au théâtre
 
La journée était grise et froide, même me doucher paraissait inutile, je m’emmerdai comme un vrai dimanche en baignant mes yeux dans la TV.
Mais ce dimanche là j’allais au théâtre, « lulu une tragédie monstre » un titre bien excentrique pour mon esprit las et morose. J’ai enfilé des vêtements qui trainaient et je me suis rendu vers le centre ville froid et désert.
J’ai pris place dans le théâtre il était 16h, un employé m’a fait une blague en me disant que la pièce durait un peu plus de 4h. J’arborai un sweat à capuche flashy et un bonnet grotesque dans lequel j’avais fourré mes épis, tout ceci m’a rappelé un discours entendu sur France inter qui disait que les français ne s’habillaient pas pour sortir au théâtre ou à l’opéra contrairement à leurs homologues américains.
J’ai eu un peu honte avant de me convaincre que j’étais bohème.
J’étais positionné en hauteur et avait une bonne vue d’ensemble. Mes genoux touchait le siège du devant, j’étais compacté sur un siège minuscule, j’étais donc obligé de me tenir super droit ce qui a entrainé des souffles de protestations derrière moi.. Un rapide coup d’œil a l’horizon m’informa que la salle était pleine et que la moyenne d’âge frôlait les 70 ans. Devant moi s’étalait une armée de crânes dégarnis. Certains étaient rouges vifs, d’autre un peu plus rose mais la plupart luisaient comme des miroirs au soleil. Les vapeurs d’eau de Cologne étaient partout, masquant l’odeur de sueur qui commençait à envahir la salle.
Dès la première heure je perdis mes fesses qui se sont endolories du fait de ma position tordue et inconfortable. Très vite j’ai commencé à gesticuler pour chercher une meilleure posture, ça a tourné à l’obsession, je me suis coupé le sang de la jambe gauche avant de ressentir des fourmis dans la cuisse droite. C’était l’enfer. Après plus de deux heures l’entracte arriva ce qui fit trembler mon corps de bonheur.
Mais le répit fut court et le combat repris de plus belle.
La pause fut fatale à quelques seniors qui la bouche ouverte s’endormirent. Dans l’heure qui suivi tout mon corps fut douleurs, crampes et fourmis. Ce qui m’acheva fut les commentaires de mon voisin plutôt en forme qui se mit à commenter toutes les scènes de la pièce :
«Ouuh le salaud ! », « c‘est degueulasse », « bien fait ».
L’envi de l’étriper me fit oublier la douleur pendant quelques minutes.
La 4ème heure une bonne partie des spectateurs avaient lâchés l’affaire, seul le public masculin était tenu en éveil par les petites jambes nues de l’actrice principale. Je regardai ma montre toutes les 5min, mon ventre gargouillai et l’atmosphère était de plus en plus moite et malodorante.
La fin arriva et je sortis avec la sensation d’avoir réalisé quelque chose d’extraordinaire,
 un marathon, une expédition.
Dehors la nuit était noire et brumeuse, je suivais mes compagnons qui claudiquaient au rythme de leurs prothèses de hanche en céramique.
Sinon la pièce était bien.
 
Guillaume Rouan.