J’étais resté seul toute la journée et je commençais à parler à ma TV.
Je me suis obligé à enfiler un short dans l’optique d’aller faire le tour du lac en courant et ainsi sortir mon esprit de sa solitude. Le soleil tapait fort, le vent était brûlant et l’eau miroitait comme un diamant. J’étais persuadé de mourir avant la fin du tour, ma respiration devenait de plus en plus difficile et ma vision était brouillée par l’effort. 
J’aperçus un homme marchant seul sur la route, un gros sac sur le dos, la tête baissée, suivant le long ruban d’asphalte brûlant. Lui aussi allait mourir.
Je me suis arrêté avant la fin du tour, j’ai continué en marchant le temps que ma respiration se calme. Je suis resté un long moment assis à regarder le lac, je me sentais triste.
Je suis rentré chez moi en roulant doucement, j’ai aperçu l’homme de tout à l’heure qui tendait le bras. Je me suis arrêté et il est monté. Il allait vers le Nord. Je lui ai dit que je n’allai pas bien loin, il a souri et dit que ce n’était pas grave, que c’était déjà ça. 
Il avait des yeux bleus et un regard perçant qui détonnait sur sa peau brune, tannée par le soleil. Sa barbe était blanche et parsemée et il parlait avec une voix faible et douce. 
Il ne devait pas être vieux, mais il semblait fatigué par la vie et la route. 
Il venait de Hongrie et avait traversé la Slovénie, l’Italie et avait longé la côte d’azur. Je lui ai demandé où l’emmenai ce long voyage, il me répondit qu’il allait voir son fils en Normandie. Il me demanda à combien de km était la prochaine ville, si la route longeait la cote. Il espérait trouver du travail en Normandie.
– Il y a de belles vagues par ici ?
– Oui ils sont très belles, c’est très réputé
– Il y en a de belles aussi en Normandie, parfois
– Oui je crois.
Nous avons continué à rouler en silence. Puis il me dit, le regard perdu dans la route, qu’il aimerait bien apprendre le surf un jour avec son fils.
Il prononça ces paroles de sa voix douce, cette phrase me fit éprouver de la peine pour lui. Son chemin était encore long et la vie ne lui ferait pas de cadeaux. Je fis un long détour pour le déposer au prochain village.
Il sortit de la voiture en me remerciant, il m’adressa un signe de la main, puis il reprit sa marche et avança lentement vers je ne sais où, je le regardai s’éloigner un moment dans mon rétroviseur puis il disparut.
Guillaume Rouan