C’est dans un lieu similaire à celui-ci que je passe la plus grande partie de la semaine.
Les murs sont pour la plupart décrépis, les bancs sont en bois et l’on est très mal assis dessus. Il fait souvent très chaud à l’intérieur et l’odeur n’est pas forcément très agréable quand on rentre, mélange de sueur, de chaleur et de poussière.
Nous sommes plus d’une centaine à suivre le cours mais je ne parle qu’à une quinzaine de personnes du fait de mon insociabilité et de mon incapacité à m’identifier à la vie de ces gens là.
Du fond de la pièce je peux distinguer un grand nombre d’étudiants derrière leurs ordinateurs. Certains prennent le cours d’une manière mécanique et industrielle mais la plupart naviguent sur Internet. L’étudiant devant moi est presque chauve malgré son jeune âge, son crâne est rouge et il regarde des vidéos de motos « extrême »  d’après ce que je peux lire sur l’écran.
Les autres ordinateurs qui m’entourent présentent une interface bleue d’un site qui a enlevé toute dignité et pudeur à des millions de personnes. Il est aujourd’hui plus facile de communiquer de cette manière, la peur du jugement reste forte chez l’homme moderne.
J’ai beaucoup de mal à me concentrer, le professeur s’agite et va très vite, les chiffres défilent et m’angoissent. Cet homme à un pouvoir immense, dans ses mains, dans son esprit réside une partie de notre avenir.
Je regarde aux alentours et croise le regard d’une fille sublime dont je ne connais que le prénom, mais face à mon regard elle détourne rapidement les yeux en affichant un air dédaigneux et dégoûté.
Sur ma droite j’aperçois une fille au physique difficile et au visage ingrat, j’essaye d’imaginer sa vie et cela me rend triste. Mon camarade me pousse du coude et me montre du doigt  une fille dont le string fuchsia 50% coton, 50% plastique dépasse allégrement. Nous rions grassement devant cette création de la marque Jennifer. La majorité des filles arborent des petites bouteilles d’eau sur leurs tables quelles tripotent toutes les 15min. Pourquoi? Je crois qu’elles surestiment le pouvoir de l’eau sur leurs physiques.
Je m’ennui, mon esprit divague,  je m’imagine courant nu sur les tables mon sexe en main décrivant des cercles dans l’air surchauffé de l’amphi, quelle belle manière de montrer l’amour que j’ai envers tous ces gens. 
Seul le loto européen pourrait me sauver de cette situation.
Ce soir ma mère m’appellera et me demandera d’une voix pleine d’espoir
« alors les cours comment ça se passe » ?
Comme d’habitude maman, comme d’habitude.
Guillaume Rouan.